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De la poésie

Dix conseils d’Éric Charlebois

  1. Être attentif 

Le monde qui nous entoure, la réalité qui nous est ambiante et la vie qui se déroule avec nous ou malgré nous s’avèrent les sources les plus probantes et les plus exploitables. L’attribut le plus important de l’artiste, à plus forte raison du poète, est donc de se laisser pénétrer par les événements et les instantanés qui ponctuent le quotidien afin de se donner de la matière à pétrir et à transformer.                                                

  1. Avoir quelque chose à raconter et être disposé à le faire : récit (storytelling)

Il faut alors se permettre, oui, même en poésie, de raconter et de narrer ce qui jalonne la vie dans laquelle s’inscrit et à laquelle souscrit le poète. Pour y parvenir, il se peut que ce dernier doive changer d’instance et de focalisation, puisqu’il peut s’avérer ardu de se livrer ainsi, sachant très bien que la première personne d’énonciation s’ouvre au jugement du lectorat et de l’auditoire; il est alors salutaire d’écrire à la deuxième personne ou à la troisième personne, ce qui peut conférer une liberté plus complète à la perspective et à l’acte même de l’énonciation. Il faut, ce faisant, s’approprier des fragments du monde et non pas chercher à englober le monde intégral. Il peut, par contre, être salutaire de conférer une personnalité au sujet d’énonciation. Par exemple, s’il est naïf ou cynique, il pourrait être intéressant qu’il ait la prétention de posséder et de raconter le monde entier. Il convient alors de faire comprendre au lecteur ou à l’auditoire qu’il s’agit là d’une personnalité et d’une attitude fictives (sans pour autant les caricaturer) que manifeste un sujet énonciateur, non pas d’arrogance de la part de l’auteur.

  1. Faire preuve de sensibilité à l’égard de l’objet

Il faut souvent provoquer l’inspiration, c’est-à-dire qu’il faut oser s’avouer dans quelle mesure les contradictions qui nous entourent représentent vraiment des contrariétés et des intrigues. De là, il faut établir, clairement, dans un texte en marge du texte poétique, pourquoi et comment le tout nous touche et nous affecte.

  1. Faire preuve d’intelligence émotionnelle à l’égard des gens qui y étaient présents

La sensibilité peut pétiller en nous et nous mener à ébullition. Alors qu’il est initialement souhaitable d’être à fleur de peau, il faut ensuite faire intervenir une certaine mécanique et mettre la raison à la disposition du texte. Il s’agit plutôt de sympathie (compassion) que d’empathie, en ce sens où il ne faut pas s’arroger parfaitement adéquatement l’émotion qu’éprouvent les autres personnes qui font partie de l’épisode qui est narré, mais qu’il faut pouvoir s’y reconnaître sans chercher à d’identifier à l’autre. L’émotion émotionnelle s’avère alors cette capacité à mettre en perspective les émotions et à en supposer la subséquence sur le vecteur cause-effet afin de ne pas être froid, mais de ne pas non plus y sombrer au point où il ne s’agirait plus d’un texte de création, mais d’un épanchement.

  1. Ne pas nommer les émotions, mais les suggérer, y faire allusion : la transmotion

Il faut donc écrire, une fois pour toutes et dans le document en marge du texte de création, les émotions qui jaillissent, afin de les évacuer et de ne pas avoir à les écrire en toutes lettres dans le poème. Il faut, par le biais de ce dernier, transmettre l’émotion, non pas l’imposer en la décontextualisant et en la dépouillant. Il faut que l’émotion soit vécue, donc que soient rendus ses effets. Autrement dit et paradoxalement, plus on nomme l’émotion, moins on permet au lecteur et à l’auditoire de demeurer dans le poème et d’en suivre les scènes et les images, puisque rien n’est plus abstrait que l’émotion et que rien, inversement, n’est plus concret et ne permet mieux l’ancrage du lecteur et de l’auditoire que les effets de cette émotion. Ce sont ceux-ci qu’il faut dépeindre. Il faut laisser une impression, à défaut d’une empreinte.

  1. Conférer de la densité et du relief, non pas de la distance, à ce qui devient le poème

Par le biais des figures d’association (rapprochements en fait de sens, d’attributs et de contiguïté) et de contraste, il faut créer des images qui représentent l’émotion et l’événement et dans lesquels peuvent se reconnaître les lecteurs ou l’auditoire. Il est intéressant, entre autres, de miser sur la construction en complément du nom ou de l’objet indirect et en juxtaposition, comme dans les cas de l’adjectif épithète et de l’adverbe. Ainsi, il faut que le public ne s’éloigne pas de l’intrigue parce que se creuse un vide, mais bien parce que se constitue un plasma d’images entre lesquelles il faut tracer le lien, comme si on en faisait une constellation.

  1. Détabouiser le quotidien, ce faisant désacraliser la poésie

Justement, la poésie n’a ni à se trouver ni à se composer dans et entre les étoiles; elle est chez nous, dans le plus vulgaire des objets, lequel se sera souvent avéré tellement significatif dans le cadre de l’épisode qui est relaté. Ainsi, un vulgaire reste de pâté chinois peut surgir et resplendir à titre d’image névralgique du poème.

  1. Battre en brèche le cliché

Abruptement, il faut ne pas reproduire ce qui a déjà été écrit. Ainsi, effectivement, il faut parfois faire une recherche en matière de mots-clés et de référencement. Surtout, il faut amener le lecteur et l’auditeur à commencer à se bercer, en lui laissant croire qu’il est dans une expression et un milieu convenus, puis le renverser avec une finale qui déplace, transpose, fait glisser, modifie, évacue et/ou détruit le cliché, que ce soit par le biais d’un jeu sur la sonorité ou sur le sens.

  1. Aimer le mot

Accorder une attention particulière à la recherche et à l’inscription du mot juste, en fonction des champs sémantiques ou lexicaux que l’on cherche à opposer ou à rapprocher. De là, le créateur est confronté à des choix qui relèvent d’un vecteur crucial : quel est le degré de clarté ou, au contraire, de mystère à préserver ? Autrement dit, nous conférons-nous une vocation didactique en transposant le mot juste, bien qu’issu de la sphère scientifique, ou optons-nous pour son acception et sa variante les plus répandues et les plus usuelles ? La clé est peut-être dans le dosage : il convient parfois de ralentir ou même de freiner la lecture, mais il faut que la recherche à laquelle on convie le lecteur soit révélatrice pour la suite et l’ensemble de la pièce.

  1. Disposer spatialement le texte pour reproduire le souffle, le rythme, à la fois la douceur et le choc, à la fois la berceuse et les soubresauts

Une fois que nous avons une subséquence, qui peut, soit dit en passant, ne pas être chronologique et qui peut suivre en ordre psychologique, notamment, il peut être intéressant de la découper, afin de mettre en relief, pour les rendre percutants et fracassants, certains mots, certaines images et la démolition de certains clichés. Par exemple, il peut être intéressant, dans le cadre d’un contraste, d’isoler l’adjectif, l’adverbe ou le complément qui représente la seconde partie dudit contraste. L’effet est d’ailleurs amplifié par l’impression d’attente qui est provoqué par un vers qui se termine en suspens syntaxique, et par la chute, puis le rebondissement qui s’ensuivent.

Enfin, procéder à des séances de réécriture et assurer la traçabilité entre les produits successifs ou juxtaposés de celle-ci.

Il faut garder toutes les versions des textes parce que nous ne savons jamais. Après tout, n’est pas là pourquoi nous créons de la poésie, soit parce qu’on ne sait jamais…?