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Un roman policier

Dix conseils de Soufiane Chakkouche

 

Conseiller à l’écriture d’un roman policier, en se limitant à 10 conseils qui plus est. L’exercice est plus que délicat, plus qu’il n’y paraît en tout cas ! Pour cause, la recette, à bien considérer qu’elle existe, demeure un chaste secret ; Polichinelle lui-même n’en connaîtrait point le savant dosage. De ce pas, les mots qui vont suivre relèvent de l’ordre du personnel et, en aucun cas, ils portent la prétention d’être exhaustifs ou, pire, d’être des donneurs de leçons. Et puis, après tout, à chacun son mystère, à chacun son crime, n’est-ce pas ?

 

Un début et une fin, avant tout

À l’image de la vie, le polar est avant tout une histoire, et donc un début et une fin. Ces deux aspects sont primordiaux et devraient être figés dans les lieux et le temps. Autrement écrits, ils devraient être connus par l’auteur et convaincants pour ce dernier, et ce avant même de tapoter la première lettre de l’œuvre sur un vulgaire clavier ou de dessiner les mots sur une auguste feuille de papier ! Tous les autres éléments de l’histoire se situant entre ces deux parties acceptent les modifications et/ou des changements au cours du travail de rédaction, mais jamais, ô grand jamais, le début et la fin.

Une fin sans faim

À l’instar d’un article de presse écrite, la chute d’un roman policier est la dernière chose qui s’imprime dans la rétine puis la mémoire du lecteur. Par conséquent, elle doit être soignée et surtout insoupçonnable ; un dénouement qui se devine aux premières pages d’un polar équivaut à un suicide par balle pour son créateur. Cependant, la fin ne doit pas laisser le lecteur sur sa faim, tout en lui donnant faim de l’écrivain !

Une histoire qui se tient, et qui tient sur un fil

Pour le coup, Polichinelle le savait sans doute : le maître mot dans la chose du polar est « suspens ». Les évènements qui se succèdent sont pensés dans le but de tenir le lecteur en haleine, le faire réfléchir ou, poussé à l’extrême, le faire participer ! Pour faire court, les pages d’un roman policier doivent contenir le rythme cardiaque du noble consommateur, tel un cardiogramme avec des pics sensationnels.

Pareto avait raison

Pour construire un récit d’actions solide, l’imagination à elle seule ne suffit pas ! En effet, qu’il s’agisse de techniques d’enquête, de procédures juridiques ou scientifiques ou encore de la couleur du cheval blanc de Napoléon ! un travail de recherche approfondie doit être fourni. La raison en est simple : ce genre littéraire, le plus lu dans le monde, est particulièrement apprécié par les flics, juristes et autres professionnels du « domaine ». La règle d’or est de vérifier les sources (tel un bon détective), davantage si on effectue les recherches sur internet, sans pour autant omettre de solliciter des experts. Quant à la règle d’argent, c’est celle de Pareto, quelque peu détournée toutefois : 80 % du temps à la création d’un roman noir doit être consacré à la réflexion et la recherche et 20 % seulement à l’écriture.

Imaginer le réel

« Imaginez le réel » n’est ni une allégorie ni un oxymore, cela est possible ! Comment ? En s’y inspirant. Lorsqu’ils existent, et que ceci est possible, il est par exemple utile de se rendre sur les lieux de l’action afin d’en sentir les vibrations. On peut également partir d’une découverte scientifique révolutionnaire au stade embryonnaire et en imaginer les conséquences et/ou la puissance dans le futur ; devancer le temps, en quelque sorte. Après tout, qu’est-ce l’imagination si ce n’est la projection du réel dans le temps, futur ou passé, peu importe ?

Le diable est dans les détails

Pour imaginer donc, il faut être doté d’un sens aigu de l’observation ; scruter les détails, considérer ce que les autres ne voient pas (même avec une bonne vision) car futile à leurs yeux. Là encore, à chacun son couscous, à chacun son crime ! On peut, néanmoins, conseiller de privilégier les transports en commun par exemple, et se fondre discrètement dans la masse pour l’observer, tel un espion ! Après tout, qu’est-ce qu’un écrivain si ce n’est un diable voleur de bouts de vies ?

La force est dans les personnages

Tout est donc histoire. Pas vraiment ! La force d’un roman — tout court — réside largement dans ses personnages. Il convient donc de créer des personnages forts, inimitables, fous s’il le faut, pas forcément gentils ou méchants, attachants et surtout pas parfaits, à plus forte raison lorsqu’il s’agit de personnages principaux. Sentez-les, voyez-les, qu’ils hantent vos nuits serait l’idéal ! Plus terre à terre, une fiche pour chaque personnage énumérant les caractéristiques physiques, mentales et comportementales de celui-ci est très bénéfique pour la suite.

Le style, c’est l’écrivain 

L’écrivain, c’est son propre style, celui de son écriture. Pour cela un mot d’ordre : liberté ! Ce qui impose une signature littéraire, une empreinte verbale personnelle. N’hésitez donc pas à prendre toutes les libertés avec les mots et les expressions — en inventer si cela vous chante —, la seule condition est que le lecteur comprenne. Contrairement à ce que peuvent penser quelques grammairiens, comme toutes langues, le français n’est pas une langue figée, sinon on serait en train d’écrire en latin !

Honni, soit le jus de crâne

Liberté oui ! Mais jus de crâne non ! Cette sauce qui consiste à utiliser un vocabulaire et/ou des situations complexes et incompréhensibles, et qui ne sert qu’à flatter l’égo du romancier, est à bannir. Le lecteur doit saisir sens et mots à la première lecture, au risque de se lasser, à moins qu’il ne soit somnolent ou ivre au moment de la lecture !

Écrire le matin, rêver la nuit

Encore une fois : à chacun son temps. Nous préférerons toutefois un temps d’écriture matinal. Pour cause, au réveil l’esprit est vierge et non encore altéré par les tracas du jour ou de ses moments de bonheur. Quant à la nuit, quel meilleur somnifère que de penser à l’histoire qu’on écrit !

 

10 conseils de Claude Forand

1 – Faire un plan avant d’écrire votre roman

Contrairement à d’autres genres littéraires, le roman policier ne s’improvise pas. Les ingrédients du polar sont les vrais et faux indices, les vraies et les fausses pistes, les vrais et faux suspects, les vrais et faux témoins, etc. Tout cela exige de la préparation et de l’organisation. Un plan d’écriture permet de savoir où « planter » les informations nécessaires tout au long du roman.

2 – Écrire à la première ou à la troisième personne ?

Dans les polars écrits à la première personne, le protagoniste principal est le narrateur de l’enquête. C’est une approche limitative pour les romans policiers, car le lecteur ne peut savoir que ce qui se passe dans la tête du narrateur. On emploie plus souvent la troisième personne, qui permet à l’auteur de présenter plusieurs foyers d’action et de briser la monotonie de la première personne.

3 – Un ingrédient essentiel — le meurtre

Un roman policier, c’est d’abord et avant tout une histoire de meurtre à résoudre. Celui-ci survient ( généralement au début du roman ) et constitue le point fort du roman — quelqu’un a été assassiné ! Puisque la victime meurt au début du roman, c’est l’enquête qui nous fera découvrir sa véritable personnalité ( ses qualités et ses défauts ) et son impact dans l’entourage de la victime.

4 – L’importance de la scène du crime

La scène du crime — l’endroit où survient le meurtre — peut être une véritable fourmilière d’indices. Certains peuvent échapper à l’attention de l’enquêteur, d’autres pas. Certains ont une importance, d’autres pas. La scène du crime permet de jouer avec des indices qui pourront confondre le lecteur à l’occasion.

5 – Avoir un personnage principal sympathique

Peu importe qu’il soit policier, détective privé, journaliste, simple citoyen, etc., votre personnage principal doit avoir certaines qualités. Pas parfait, mais crédible. Pas un héros, mais humain.

6 – Limiter le nombre de suspects

Dans un polar, mieux vaut limiter à quatre ou cinq le nombre de suspects. Plus — le lecteur risque de perdre le fil. Moins — il pourrait identifier le coupable trop facilement.

7 – L’enquêteur — les yeux et les oreilles du lecteur !

Tout ce que votre enquêteur découvre, le lecteur doit en être informé lui aussi. C’est la règle du polar. Attention — pas de cachettes ! La seule différence : l’auteur fera en sorte que son enquêteur puisse interpréter différemment du lecteur les indices qui lui sont présentés tout au long du roman.

8 – Développer une intrigue secondaire

Une façon de briser le rythme soutenu de l’enquête ( et de permettre au lecteur de reprendre son souffle ), c’est d’introduire une « intrigue secondaire » dans l’histoire, qui met en scène des personnages du roman. Cette intrigue secondaire doit évidemment être conclue à la fin.

9 – Le criminel doit être puni

Cela va de soi. Si l’enquêteur n’arrive pas à résoudre le crime, ou si le criminel n’est pas capturé, le lecteur sera frustré.

10 – Jouer franc-jeu avec le lecteur

Le lecteur doit pouvoir suivre l’auteur du début à la fin. Les surprises, les flashbacks et les événements surnaturels ( le meurtrier est un extraterrestre ! ) sont donc à éviter.