Sur le roman… à la recherche de l’unité perdue

Le 31 janvier, 2017

(par Benoît Cazabon) Soyons curieux comme Umberto Eco l’a été et cherchons à « voir du sens là où on serait tenté de ne voir que des faits ». Les faits se nomment, se décrivent, se décomptent, se classent, s’opposent les uns aux autres. Ils sont palpables. Que se produit-il quand nous ajoutons une interprétation à l’analyse ? Quand nous passons de l’extérieur (ce qui est vu) à l’intérieur (celui qui voit) ? Quand sont réunis objectivité et subjectivité, cette vieille opposition que d’aucuns cherchent à maintenir ? D’un côté la vérité, de l’autre le mensonge, comme si le réel ne devait pas conjuguer ces deux possibilités.

Que se passe-t-il si le lecteur cherche à voir du sens ? Le lecteur ajoute une interprétation dont le sens émerge de la nature elle-même. La nature du langage, celle de la forme littéraire, celle des situations évoquées. Mais davantage encore, de l’inquiétude de la nature humaine. La Vie est sens et cela m’interpelle. Qu’est-ce qui se présente à moi comme phénomène ? Qu’y a-t-il de subversif dans le roman ? Qu’y a-t-il d’hermétique dans la poésie ? Le sens dérange ma nature (qu’est-ce que je vois ?). Le sens nous hante par notre propre incertitude (qui est celui qui voit ?).

L’un des plus grands analystes de l’herméneutique, parce que c’est de cette pensée dont il s’agit ici, Gadamer, dit : Si le texte parle encore aux lecteurs présents, c’est qu’il répond à une question. Voilà peut-être dans sa forme trop synthétique la différence entre voir des faits et voir du sens. L’un évacue la question, l’autre l’alimente.

Il est dans ma nature de lecteur de reconnaître au texte une force, une faiblesse, une marque, un manque. Il laisse un effet. Je m’introspecte sur ce début de sens en moi et je l’écoute. Si le texte me parle encore, comme le dit Gadamer, c’est qu’il répond encore à une question. Celle-ci habite chez le lecteur. Un lecteur sans questions est une imposture. On peut se demander cependant pourquoi tant de textes restent méconnus. Lire pour voir du sens, c’est accéder à une conscience ouverte à l’idée qu’une question persiste derrière l’apparence. Je sors du Musée où je suis resté une heure devant « Les glaneuses » de Millet. Je pense à la « Jeune fille lisant » de Fragonard et mon cœur pleure pour le sort des premières. Où est la question ? Dans ces peintures ou en moi ?

Il faut un texte pour qu’il y ait un lecteur. Si nous lisions quelques phrases ?

« Tout l’art du roman repose sur la crédulité du lecteur. Le conteur populaire ne ment pas, il trompe, et il trompe pour s’adresser, à mots couverts, à des non-initiés, c’est-à-dire en termes qui voilent sa pensée, car il est, lui, un initié qui ne doit pas divulguer son secret sous peine de le perdre. »[1]

« Une analyse détaillée des romans les plus célèbres montrerait, dans des perspectives chaque fois différentes, que l’essence du roman est dans cette correction perpétuelle, toujours dirigée dans le même sens, que l’artiste effectue sur son expérience. »[2]

À leur façon, chacun de ces textes rappelle la recherche du sens et non l’évocation de faits seuls. Pour celui qui ignore les qualités du roman, ces phrases le laisseront confondu. Si je me lève pour danser sur une musique, c’est que son mouvement est déjà inscrit dans mon corps. Il en va un peu de même pour la compréhension de ces mots. Il y a dans la sagesse du lecteur initié une ouverture, « une crédulité » suffisante, pour s’accrocher au secret non divulgué. Il sera attentif à « la correction perpétuelle […] que l’artiste effectue sur son expérience ». Lire est une relation d’amour portée par une recherche plutôt qu’une réponse.

Mais avançons d’une autre lecture inspirée par Bruno Curatolo :

« Cette relation entretenue avec la nature est régie par le temps — ontologique, historique et climatique — dans un premier ordre et, dans un second, par une inquiétude métaphysique. L’élection d’un paysage est d’abord la recherche d’un accord avec soi-même, dans la nostalgie de l’unité perdue » Et il cite Grenier : « Il existe je ne sais quel composé de ciel, de terre et d’eau, variable avec chacun, qui fait notre climat. En approchant de lui, le pas devient moins lourd, le cœur s’épanouit. Il semble que la Nature silencieuse se mette tout d’un coup à chanter. Nous reconnaissons les choses. On parle du coup de foudre des amants, il est des paysages qui donnent des battements de cœur, des angoisses délicieuses, de longues voluptés. […] Pour moi, ces paysages furent ceux de la Méditerranée »[3].

Comme je crois comprendre Grenier ! Il venait du nord de la France. Quand il me vient d’évoquer un lieu idéal où ma vie serait comblée, je pense Provence. Pays rude aux aspérités franches. Pays des senteurs de sa garrigue, thym, romarin. Pays de contrastes : le bleu de son ciel, le vert des basses plaines de Cavaillon, l’émeraude de la Méditerranée, le jaune de ses mimosas, le blanc du calcaire de la Sainte-Victoire. Le noir de ses olives. L’ocre du Luberon. Son accent ! La paresse des cafés ombragés d’Aix-en-Provence. Mais je m’emporte ! Il y a dans ce texte une autre question essentielle : « L’élection d’un paysage est d’abord la recherche d’un accord avec soi-même, dans la nostalgie de l’unité perdue ».

Si nous allions voir ? Trois romans[4], trois tentatives d’élire domicile où se trouverait l’harmonie avec soi ou la tentative de réconcilier l’unité perdue. La relation avec la nature, la sienne propre d’abord, est une quête de type métaphysique en dernier ressort. Quelle question demeure à la fin de la lecture de ces romans ? Qu’y a-t-il que l’auteur ne m’a pas divulgué, si on suit le point de vue de Ferron ? Quelle correction perpétuelle est à l’œuvre, selon l’expression de Camus ? Cherchons la corde naturelle de la question en suspens.

Dans le roman, les divers personnages s’interrogent souvent sur ce qu’ils voient tout autant qu’ils nous montrent celui qui voit. Il y a les situations, là, à l’extérieur, ce qu’on pourrait appeler les péripéties, les lieux, les actions. Puis, il y a le regard introspectif de l’acteur sur ce vécu. Le lecteur ajoutera ses niveaux de lecture : ses doublures du contenu romanesque. L’action le rejoint dans sa vie. Les réflexions introspectives lui en suggèrent d’autres.

Dans La femme accidentelle, Samuelle, femme dans la soixantaine, vit une séparation houleuse. Y en a-t-il d’autres après 34 ans de mariage ? L’auteure développe cet élément déclencheur de façon naturelle : perte des points d’ancrage, recours à quelques appuis : sa fille, Robert, son meilleur ami, une autre amie, Charlotte, un peu son fils aussi. Puis, après la descente dans cette réalité où le lecteur s’enfonce dans l’univers émotif du personnage principal, une nécessaire reprise en main s’effectue. « Je suis à la recherche d’une femme qui existait avant qu’elle rencontre B. » (B. pour Bertrand, son mari et son bourreau). Une histoire bien menée dans un style riche aux allusions culturelles nombreuses. Il y a donc une quête, une tentative d’élire domicile ou, à tout le moins, vouloir trouver le paysage qui lui conviendrait. Comme pour le voyage, la vie est un trajet. Voyager, c’est accueillir l’étranger et l’étrangeté. Vivre, c’est aussi retrouver l’étranger en soi. Le lecteur est servi à souhait. Samuelle sera entraînée en Chine, au Japon pour un pèrelinage aux îles Shikoku, et au Viêt Nam. Les références culturelles appuient toutes le cheminement intérieur de Samuelle. Là où se trouve l’unité perdue ? Le pèlerinage à travers les divers lieux renvoie aux nombreuses interrogations métaphysiques du personnage. Rien n’est gratuit. Rien n’est superflu. Le lecteur est dérangé dans ses tripes. La question fondamentale est moins dans l’arrivée que dans le parcours. En effet, la fin apporte un soulagement. (Comme chez la Liseuse de Fragonard ?)  Samuelle trouve sa Provence (comme Grenier et moi) sans pour autant tomber dans une réponse attendue. La question fondamentale de savoir ce qu’est une vie demeure. Une maison douillette dans Charlevoix, les vraquiers sur le fleuve, une vigne et « Samuelle raconterait la Chine, le Japon ou le Viêt Nam à une petite fille (Mira) aussi rêveuse qu’elle et qui poserait ensuite mille et une questions. » P.219. Seule sa lecture permet de s’imprégner du frisson que donne ce roman dans cette recherche d’un paysage à élire. Ici, le paysage intérieur d’une femme accidentelle qui a parcouru la terre pour y arriver.

Le Maxence de Tout dépend de vous vit un passage difficile. Il a 37 ans, avocat réussi, mais éprouvé par la crise de 1929 et le décès de son père. Remise en question dès la première ligne : « Depuis toujours, à bien y penser, il avait cru qu’aucune frappante ressemblance ne les unissait. « Rien, mais absolument rien, ne nous rapproche », se dit-il. » p.11, au sujet de son père. Son interrogation : serais-je comme lui ? Comment trouver une identité propre à soi ? Remonte à la surface un passé troublé et troublant. Sa fiancée Yasmina d’origine marocaine, étudiante en anthropologie, découvre des documents de famille énigmatiques. Ils voyageront un an à la recherche d’une trace généalogique, prétexte à des questions d’appartenance culturelle, tant pour elle que lui. Lui : « Une fois partis, combien veulent revenir dans le giron d’origine ? Tu sais : rue Saint-Jacques ou la Main à Mattawa ? »  Elle : « Qui suis-je, Maxence, ethniquement parlant ? Je n’ai aucune idée si je suis juive, Berbère, musulmane, chrétienne ou juste Marocaine ou « Québéqouaise ». Mes parents ont dû mentir tellement de fois qu’ils ne savent pas s’ils me disent la vérité ou s’ils me racontent une des histoires qu’ils ont assimilées. »  Le lieu à élire est lointain et énigmatique. L’anthropologue en quête d’une thèse nourrit à diverses sources les lieux de questionnements : Un grand humaniste helléniste, figure emblématique de tous les passés oubliés, pourrait s’inscrire dans la généalogie paternelle de Maxence. De piste en piste, le lecteur reste confronté à des questions sans réponses de nature historique, sociologique et métaphysique. L’inquiétude persiste. Elle, la déracinée, trouvera mieux que lui son havre. Retour à Montréal, elle est enceinte et un poste à l’université lui est promis. Pour lui, le lieu à élire demeure incertain. Il essaie de résumer sa compréhension de la continuité brisée de sa généalogie : « D’érudits en 1559, à illettrés en 1760. En 1760, au Canada, vous aviez traversé un passage à niveau difficile à négocier. Est-ce comme cela qu’on devient ignorant ? Perte du goût de savoir, perte des questions essentielles ? Perte du sens de soi aussi. Une seule réponse subsistait, la survivance. » p.217 S’il s’est interrogé sur ce qu’il voit, il peine à rejoindre celui qui voit (son intériorité).

Il n’y a pas plus beau texte pour apprécier le sens des thématiques « élection d’un paysage », « accord avec soi-même », ou encore « recherche de l’unité perdue » que La mesure du temps. Bernard, sexagénaire, « veut faire le point sur sa vie » p.13. Il l’annonce à Marjolaine, une ancienne collaboratrice. Il aimerait qu’elle rédige sa biographie qu’une maison d’édition lui a commandée. Elle habite Winnipeg où il est né. Lui, il a fait carrière à Montréal d’où elle vient. Premier chassé-croisé de lieu, il ira visiter Saint-Boniface où, jour après jour, il se révélera. Elle l’écoutera. Des lieux qu’ils explorent surgissent les moments troubles d’une enfance écorchée. L’enfant doué n’a été à l’aise nulle part. Et pour cause, mais conservons le secret de son histoire. Dans sa dernière lettre que Marjolaine lira après son départ, l’homme fatigué lui confie « qu’en tout endroit de mon pays, je suis destiné à être étranger » p. 250. Au soir de sa vie, Gabrielle Roy avait écrit dans l’incipit de La détresse et l’enchantement : « Quand donc ai-je pris conscience pour la première fois que j’étais, dans mon pays, destinée à être traitée en inférieure ? » Contrairement à ce qu’ont vécu Samuelle et Maxence dans les deux premiers romans, Bernard ne retrouve pas la réconciliation dans un espace identitaire reposant. Pas de Provence pour lui ! Pas de maison à soi ! En définitive, son angoisse ou la question non résolue se perpétuera jusqu’après sa mort : où devra-t-il être enterré, se demande-t-il ? À Montréal, auprès de sa femme qu’il n’aime pas ou à Saint-Boniface, « parmi ma famille, ces personnes qui sont certes imparfaites, tout comme l’espace de mes origines » p253.

Comment maintenir la certitude, ou, du moins, la crédulité suffisante pour que la vie qui est nôtre ait du sens ? En cours de route, Samuelle, Maxence et Bernard partagent des réminiscences littéraires ou musicales, des faits ou des personnages inspirants du passé, une vue philosophique rafraîchissante, ou encore, un point de vue sur une peinture. Un sens en émerge par ces associations. Les lieux visités ressemblent à des haltes routières où se reposer et reprendre pied ou soulèvent-ils d’autres questions ? Ces reconnaissances de l’esprit créent un paysage comme ceux « qui donnent des battements de cœur, des angoisses délicieuses, de longues voluptés » comme le décrivait Grenier à propos de la Méditerranée provençale. Mais voilà, les réponses sont allusives, les questions persistantes. L’accord avec un paysage, entendu comme cet espace mental, émotionnel et sensoriel, est toujours à reprendre. Samuelle, la femme accidentelle dira à sa petite fille à la fin du roman : « On ne vit pas par accident. » Maxence, lui, confessera : « Depuis une décennie, je suis obsédé par la noirceur. […] Le danger de mourir nous immobilise moins que nos imaginations négatives. »  Bernard, dans un dernier aveu sincère : « En cette fin de parcours, un constat s’impose : le seul espace qui soit mien, mon unique coin de pays, ne s’est toujours trouvé qu’en moi. Là où je me suis appliqué à ne pas chercher ». La nostalgie de l’unité perdue. Le sens serait en soi. Coïncidence ? Maxence et Bernard éprouvent de la difficulté à explorer leur intérieur (celui qui voit). Ils resteront attachés à ce qu’il voit. Samuelle nous montre plus facilement à voir sa sensibilité. Différence de sexe ?

Dans le roman, les divers JE des narrateurs, des personnages principaux et de leurs adjuvants s’abreuvent à une seule et même source. Celle de l’humain qui accepte de vivre avec des questions. Boisjoli pousse cette obligation à son point ultime : où vais-je déposer mes os ou mes cendres, se demande Bernard ?

Quand je m’éloigne de ces lectures, les images télévisuelles m’inondent de villes en poussière et décombres, d’enfants, femmes et hommes en déroute, par millions. Où vont-ils déposer leurs os fatigués ? Le corps humain sans terre d’accueil. Le cœur humain fermé à la vulnérabilité. L’esprit humain embrouillé par l’immédiat. Il y a des fois où la réalité ressemble aux romans. Il y aurait une fatalité à notre façon de répéter le même processus, mais il y a aussi des trous d’air frais dans l’imprévisibilité de la tournure des faits[5].  Soyons curieux, cherchons à voir du sens là où nous restons insensibles devant les faits.

Janvier 20, 2017.

[1] De Jacques Ferron dans Du fond de mon arrière-cuisine repris par Pierre-Luc Landry dans Nuit  blanche, No.144, p.30. 2016.

[2] Camus, p.316 L’homme révolté, 1951.

[3] Repris de Bruno Curatolo dans Nuit blanche, no 144, p.49 à propos de Jean Grenier, professeur de Camus.

[4] J’ai chois les derniers romans que j’ai lus. La femme accidentelle de Suzanne Rhéaume, Les Éditions La plume d’or, 2016. Tout dépend de vous !, de Benoît Cazabon, Société des écrivains, 2016. La mesure du temps, de Jean Boisjoli, Prise de parole, 2016.

[5] Un peu ce que disait Alain Finkielkraut dans L’imparfait du présent, Folio, 2002.

1 commentaire

  1. par Suzanne Rhéaume

    Le 13 février, 2017

    Je viens de lire avec grand intérêt ton billet sur le roman…à la recherche de l’unité perdue. Ta plume a su aller chercher ce que je voulais transmettre par Samuelle, mon personnage principal dans La femme accidentelle, lorsque tu cites Umberto Eco dans sa recherche sémiotique du sens là où nous sommes tentés de ne voir des faits. Samuelle cherche un sens qui se révèle parfois par synchronicité (Carl Jung) ou sérendipité quand elle trouve autre chose que ce qu’elle cherchait. Cette femme est une allégorie pour représenter la vulnérabilité des deux sexes. J’aurais aimé écrire comme Virginia Woolf dans son roman Orlando (1920), l’histoire d’un personnage principal masculin qui se réveille un matin dans le corps d’une femme. C’est un personnage autonome qui ne vieillit pas tout en traversant l’ère moderne. Le narrateur a du mal à expliquer les états d’âme complexe d’Orlando et le lecteur doit se fier à ce personnage androgène pour conjuguer les qualités des deux sexes. L’auteur, avec une liberté enviable, fait en quelque sorte un pacte avec le lecteur. Ce ne sera qu’au dernier chapitre que nous aurons compris le sens devant toute cette incertitude. Woolf a une main de maître dans la recherche de l’unité perdue, car elle a pris un grand risque qu’elle caractérise de farce autobiographique. J’aurais voulu prendre ces mêmes risques avec Samuelle dans les choix moraux et existentiels qu’elle devait faire. C’est toujours pour moi une leçon d’humilité quand je parle de mes personnages. Je souris en écrivant ceci, car je pense aux lecteurs, dans le cadre d’un Salon du livre, où certains persistent à croire que mon roman est de l’autofiction pour faire le tri entre les faits et le sens. Pourtant, on ne demande pas à l’artiste-peintre s’il a seulement une couleur sur sa palette.
    J’aurais voulu présenter ton texte à mes étudiants à la faculté lorsque tu écris que lire pour voir du sens c’est accéder à une conscience ouverte à l’idée qu’une question persiste derrière l’apparence. Ce mot est un concurrent poids lourd dans les discussions postmodernes. Je dirais que tout est dans le regard (the gaze), cette perception de soi et des autres (Michel Foucault, Jacques Lacan) qui influence notre comportement. Cette cognition sociale engendrerait toute une discussion avec le féminisme de la deuxième vague, mais ça, c’est une autre boîte de Pandore aussi intéressante, pour ne pas dire enrichissante. Il s’agit de poser les bonnes questions.
    Lorsque tu mentionnes que l’élection d’un paysage est d’abord la recherche d’un accord avec soi-même dans la nostalgie de l’unité perdue, je vois Samuelle dans son voyage initiatique en Indochine qui s’interroge sur ce qu’elle voit en rapport avec son vécu. Encore la notion du regard prend un contexte plus fertile lorsqu’elle visite les temples et comme Bouddha garde les yeux mi-ouverts, pour mieux voir les deux mondes intérieur et extérieur. Les références culturelles en Chine, sur l’ile de Shikoku et au Viet Nam apportent la notion du messager, un vestige de la tragédie grecque. Les personnages qu’elle rencontre remettent les pendules à l’heure pour donner un sens lorsqu’elle se perd dans ses émotions et son stress post-traumatique. Tu l’as bien saisi lorsque tu évoques le paysage intérieur de la femme accidentelle. Elle somatise souvent ce qu’elle perçoit au point de confondre les faits et le sens.
    Samuelle réalise qu’on ne vit pas par accident, que tout est question de perception. Nous ne pouvons pas contrôler ce qui arrive, mais nous pouvons contrôler notre perception de la situation pour lui donner un sens. C’est dans cette mesure qu’elle réussit à faire la réconciliation en comprenant la différence entre les faits et les émotions. Ce sera le tremplin nécessaire pour retrouver l’unité perdue et que le sens est véritablement en soi. Il l’avait toujours été.
    Comme toujours, ta plume nous guide avec sagesse et douceur pour nous donner des pistes de réflexion au-delà de la littérature et j’en suis reconnaissante. Parfois ce sont les questions qui sont plus importantes que les réponses. Comme tu le dis si bien dans ton billet, soyons curieux.

Pour laisser un commentaire