Position de l’AAOF face à la polémique sur les 5 000 livres jeunesse en français écartés et destinés à être brûlés

Position de l’AAOF face à la polémique sur les 5 000 livres jeunesse en français écartés et destinés à être brûlés

Ottawa, le 10 septembre 2021Force est de constater que l’Histoire ne peut s’effacer et que la censure, pire, l’autodafé sont loin d’être des outils d’éducation.

L’AAOF conjugue projets, collaborations et offres de services en vue de développer et de promouvoir le talent des auteurs et autrices de l’Ontario français, et à ce titre, elle tient à rappeler, ici, que chaque publication s’inscrit dans une réalité physique, géographique, temporelle, sociale, économique et philosophique dont la réception/interprétation est vouée à évoluer selon son lectorat et les paradigmes de son époque.

Écrire et publier, c’est avoir le courage de témoigner, de revendiquer, de donner à voir une réalité avec les yeux et la plume d’un observateur contemporain d’une époque et forcément des courants idéologiques qui la traversent. Mais écrire, c’est aussi accepter que ses écrits soient revisités, critiqués, voire même, condamnés à la lumière des transformations sociales ou de révélations historiques qui agitent ou bouleversent nos sociétés.

L’audace d’écrire a son prix et comporte son lot de responsabilités !

Une lecture ou une relecture critique de certains ouvrages à l’odeur de soufre aujourd’hui, peut se révéler être un véritable électrochoc pour son lectorat. Elle peut susciter, provoquer ou encore catalyser notre jeunesse afin qu’elle cherche à cultiver sa mémoire et éviter, grâce à ses lectures, les erreurs du passé.
Apprenons à faire confiance à notre jeunesse, à sa lucidité affective et à sa sensibilité rationnelle, et favorisons son essor en tant que leader d’un nouvel ordre social misant sur la complémentarité fertile des différences.
En ce sens, nous encourageons les programmes d’éducation dans les écoles à se pencher davantage sur les thèmes de la réconciliation et de lutte contre toutes formes de racisme ou discrimination, et ce, de façon respectueuse et en concertation avec les principaux intéressés.

Notre Association choisit de miser sur le dialogue, l’argumentation productive et la résolution proactive, ce qui suppose aussi de savoir accepter le compromis, de reconnaître les torts de chacun et de s’engager concrètement à faire évoluer la situation.
Il ne faut occulter ni l’Histoire, ni ses dérives ou les exactions qu’elle a générées si nous désirons établir des assises solides à un dialogue aussi objectif et aussi juste que possible.

Enfin, pourquoi ne pas demander à notre jeunesse d’utiliser sa plume en réponse et écrire « … et publier. Avoir le courage de témoigner, de revendiquer, de donner à voir une réalité avec les yeux et la plume d’un observateur contemporain d’une époque et forcément des courants idéologiques qui la traversent. » ?
Cela donnerait naissance à une toute nouvelle littérature, car n’oublions pas que les ouvrages entretiennent eux aussi, entre eux, un dialogue, parfois orageux, qui perdure depuis des siècles.

En conclusion, pour nous, auteurs et autrices de l’Ontario français, détruire l’objet de l’indignation, c’est tout simplement vouloir s’acheter au rabais une dignité factice, naïve, et oh combien éphémère.