Découvrez le texte d’Éric Charlebois pour la Journée mondiale de la poésie !

Découvrez le texte d’Éric Charlebois pour la Journée mondiale de la poésie !

 

le monde a bien besoin de poésie
d’éprouver la sève en cascades qui coule dans ses veines
pendant sa déveine
de tout désacraliser à défaut d’être en mesure de démocratiser
la parole
de chuchoter
haut et fort
le branle-bas qui l’habite comme un anticorps
à l’aube
marmelade
d’une autre journée où on n’acceptera pas cette fois d’être figurant ou doublure
irréversible

 

le monde a bien besoin de poésie
d’équilibre de limpidité et de solstice
pendant la grande débâcle des masques des protège-coudes et des lunettes soleil
étuvé
lentilles spectrales 3D dukes of hazzard
surprise dans les céréales post
de se déraciser
de s’enraciner dans un arc-en-ciel
cutané
jusqu’au foie et au pancréas de la question
qui suit les réponses toujours fautives

 

le monde a bien besoin de poésie
d’amour à l’eau de barbapapa
de dénonciation de ceux qui utilisent l’antiphlogistine pour baume
de comprendre que nous sommes tous minorité
risible
en perpétrant la violence en vertu de la couleur de l’écran
je n’ai pas de télé hd
je n’ai la haute définition de rien
la beauté est dans le mélange des tons
des sons et
des nôtres
je voudrais que nous soyons daltoniens
nyctalopes
et que le couvre-visage soit sans œillères
seamless écrivent nos sœurs et nos frères pour désigner ce qui cicatrise parfaitement
on n’a pas à cet égard encore trouvé le mot juste
et si on écrivait murmurait disait criait
simplement
qu’on a enfin établi la huitième couleur du prisme
et qu’elle s’appelle
humanité

 

le monde a bien besoin de poésie
il est grand temps que nous arrêtions de déployer des frontières des bornes des lisières
des périmètres en duct tape qui ne sont pas transparents
les paupières sont seuls douaniers
intégrons ce qui entrecoupe les clignements bon sang
bon sang humain en nos abaques
bon sang facteur rhésus
bon sens facteur raison une fois pour toutes de grâce
et d’espoir

 

parce qu’il en reste des miettes comme au fond de mes sugar-crisp de mes honeycomb et de mes
alpha-bits
parfois j’aimerais ne pas dépendre de
l’alphabêtise
la beauté est dans le flou
clair
d’une larme dioptrique sur une joue
des gerçures sur les lèvres d’un sourire
qui refusent de cicatriser sans
humanité
la huitième merveille du prisme
biseaux et bisous
le monde a bien besoin de bouéesie